Partager et transmettre la passion offroad

En enduro, les victoires se jouent parfois à la sortie des virages !

Freiner tôt, lâcher les freins tôt et réaccélérer le plus tôt possible : c’est le mantra que tout pilote d’enduro doit s’approprier pour franchir un cap dans sa progression. Il existe un moment précis dans chaque virage où tout se joue. Pas à l’entrée, ni au cœur du virage, mais bien à la sortie. C’est là que le pilote d’enduro se distingue du simple rouleur, et c’est là que se construit, mètre après mètre, le rythme d’une spéciale.

La clé, c'est le timing : freiner tôt pour lâcher tôt

En motocross, la logique dominante consiste à repousser le freinage au maximum. Le sol est préparé, balisé, prévisible. Les pilotes repoussent alors leur point de freinage tour après tour, gagnent quelques mètres à chaque passage. En enduro, ce raisonnement ne tient plus. Le terrain est imprévisible, les adhérences variables, et chaque virage cache une surprise potentielle. Repousser le freinage revient ici à se condamner à une entrée trop rapide et donc à une sortie subie plutôt que choisie. La philosophie est exactement inverse : on freine tôt. Pas par manque de courage, mais par intelligence de pilotage. Freiner avant le virage, c’est se donner le droit de lâcher les freins dès l’entrée, et c’est ce lâcher anticipé qui ouvre la fenêtre de tir pour réaccélérer à la sortie. 

Le geste fondamental, celui que l’on néglige le plus souvent, c’est le relâchement du frein arrière dès l’entrée du virage. Tant que ce frein est maintenu, la moto reste bloquée dans sa trajectoire d’entrée, incapable de pivoter naturellement. Le lâcher, lui, libère la roue arrière et permet à la moto de s’inscrire dans le virage. C’est à ce moment précis que le pilote doit s’asseoir, charger les cale-pieds, et chose souvent sous-estimée, projeter son regard immédiatement sur la sortie du virage.

Léandro Dekerle à l'entrée d'un virage lors des championnats de france d'enduro kid à Auzole. ©Mathieu Talayssat

La réaccélération : une affaire de douceur, pas de puissance

Une fois les freins lâchés et le regard orienté vers la sortie, le pilote doit trouver sa position avant de songer à accélérer : corps en avant, poids centré, pieds bien ancrés sur le cale-pieds. La moto peut alors rouler légèrement et trouver son équilibre naturel. C’est depuis cette stabilité que la réaccélération doit naître, en une seule ouverture de gaz, progressive et sans à-coup. Le coup de gaz instinctif, celui qui vient de l’impatience ou de l’habitude du cross, est ici l’ennemi. Plus le virage est lent ou technique, plus la réaccélération sera naturellement franche et c’est précisément ce moment qu’il faut anticiper et maîtriser. L’objectif n’est pas d’accélérer fort : c’est d’accélérer intéligement. 

Il existe un phénomène que beaucoup de pilotes peinent à comprendre tant qu’ils ne l’ont pas ressenti : l’accélération en enduro fait naturellement glisser la roue arrière. Ce n’est pas un problème, c’est une donnée à prendre en compte. La vraie question est : comment en sortir ? La réponse tient dans les pieds. Appuyer sur les cale-pieds au moment de la réaccélération permet de contrebalancer la glisse et d’aider la moto à se redresser progressivement. L’accélération fait glisser, les cale-pieds redressent : ces deux forces collaborent, à condition que le pilote les utilise simultanément et consciemment. C’est cette coordination, plus que la puissance ou la vitesse, qui définit la maîtrise du virage en enduro.